La démission

Rédigé le 12/07/2024

Selon la jurisprudence constante la démission est « un acte unilatéral par lequel le/la salarié·e manifeste de façon claire, sérieuse et non équivoque sa volonté de rompre le contrat de travail ». Sauf dispense de l’employeur, le/la salarié·e doit respecter un préavis. Toutefois, certaines conventions collectives prévoient que le/la salarié·e est libre de son préavis lorsqu’il/elle a retrouvé un autre emploi. Des facilités de recherche d’emploi peuvent être prévues par la convention collective.


Comment présenter une démission ?


Le code du travail ne prĂ©voit aucune forme particulière pour prĂ©senter sa dĂ©mission : elle peut ĂŞtre verbale, Ă©crite ou rĂ©sulter d’un comportement non Ă©quivoque du/de la salarié·e. Toutefois, pour Ă©viter les contestations notamment sur la date de la fin du contrat de travail, le/la salarié·e a intĂ©rĂŞt Ă  remettre sa dĂ©mission par Ă©crit, si possible par lettre recommandĂ©e avec avis de rĂ©ception (certaines conventions collectives le prĂ©voient d’ailleurs). L’écrit permet Ă©galement de dĂ©finir le dĂ©but du prĂ©avis.

La dĂ©mission ne peut ĂŞtre exigĂ©e par avance, par exemple, lors de la signature du contrat de travail ou au cours de son exĂ©cution. Elle doit ĂŞtre unilatĂ©rale. Ainsi, la dĂ©mission arrachĂ©e sous une menace quelconque n’est pas valable. Elle doit ĂŞtre rĂ©flĂ©chie. Une dĂ©mission rĂ©sultant d’un Ă©tat psychologique anormal n’est pas valable.


L’absence prolongée du/de la salarié·e est-elle une démission ?


La dĂ©mission ne se prĂ©sume pas. Sauf circonstances caractĂ©risant l’intention de dĂ©missionner, l’absence injustifiĂ©e du/de la salarié·e n’équivaut pas Ă  elle seule Ă  une dĂ©mission (mais peut conduire Ă  un licenciement pour faute), mĂŞme en pĂ©riode d’essai ou si le/la salarié·e travaille pour une autre entreprise. Le fait de rĂ©clamer ses documents de fin de contrat ne manifeste pas non plus d’une volontĂ© claire et non Ă©quivoque de dĂ©missionner.


Le refus, par le/la salarié·e, d’accepter un changement des conditions de travail est-il une démission ?


Cela ne constitue pas une dĂ©mission. Il s’agit d’un manquement aux obligations du contrat que l’employeur peut sanctionner, au besoin, par un licenciement.


Faut-il respecter un préavis ?


Sauf cas particuliers, le prĂ©avis, lorsqu’il est prĂ©vu, doit toujours ĂŞtre effectuĂ©. Si le/la salarié·e n’exĂ©cute pas son prĂ©avis, l’employeur peut rĂ©clamer des dommages et intĂ©rĂŞts devant le conseil de prud’hommes.

Cas particuliers :

  • La salariĂ©e en Ă©tat de grossesse mĂ©dicalement constatĂ© peut rompre son contrat de travail sans prĂ©avis ;
  • Tout·e salarié·e peut dĂ©missionner pour Ă©lever son enfant Ă  l’issue du congĂ© de maternitĂ©, paternitĂ© ou d’adoption et jusqu’à deux mois après l’arrivĂ©e de l’enfant au foyer sous rĂ©serve d’en informer son employeur 15 jours Ă  l’avance.

Le/la salarié·e peut Ă©galement ĂŞtre dispensé·e de prĂ©avis :

  • Ă€ sa demande et après acceptation de l’employeur (un Ă©crit est conseillĂ©). Dans ce cas, l’indemnitĂ© de prĂ©avis n’est pas due ;
  • Ă€ la seule initiative de l’employeur. Celui-ci doit alors verser l’indemnitĂ© compensatrice de prĂ©avis.

Attention : la pĂ©riode de prĂ©avis non exĂ©cutĂ©e ne sera jamais indemnisĂ©e par PĂ´le emploi.

Contrairement au prĂ©avis de licenciement, sauf en pĂ©riode d’essai, la loi ne fixe pas la durĂ©e du prĂ©avis de dĂ©mission et prĂ©voit simplement qu’elle est dĂ©terminĂ©e par convention ou accord collectif, ou par les usages pratiquĂ©s dans la localitĂ© ou la profession. Pour les ouvrier·e·s et employé·e·s, la durĂ©e du prĂ©avis de dĂ©mission est gĂ©nĂ©ralement infĂ©rieure au prĂ©avis de licenciement.


Et les heures pour recherche d’emploi ?


La loi n’en prĂ©voit pas. En revanche, certaines conventions collectives organisent en faveur des salarié·e·s licencié·e·s (plus rarement pour ceux/celles qui donnent leur dĂ©mission) des temps d’absence – rĂ©munĂ©rĂ©s ou non – pour rechercher un emploi pendant le prĂ©avis.


Quelle est la situation du/de la salarié·e à la fin du contrat ?


À l’issue du contrat de travail, lorsque le préavis est achevé, le/la salarié·e est libre de tout engagement vis-à-vis de son employeur.

Toutefois, certaines obligations particulières peuvent subsister : tel est le cas lorsque le contrat contient une clause de non-concurrence ou une clause de dĂ©dit formation. Si elles ne sont pas abusives, ces clauses sont applicables.

L’employeur doit obligatoirement remettre au/à la salarié·e un certificat de travail et une attestation destinée à lui permettre de faire valoir ses droits éventuels aux allocations d’assurance chômage (attestation Pôle Emploi). Pour les salarié·e·s du BTP (Bâtiment et Travaux Public), l’employeur doit également délivrer un certificat de congés payés.

La dĂ©mission n’ouvre pas droit Ă  une indemnisation de l’assurance chĂ´mage sauf si elle est considĂ©rĂ©e comme lĂ©gitime : dĂ©mission pour suivre son/sa conjoint·e ; en cas de non-paiement des salaires ; ou sous rĂ©serve d’une plainte en cas d’actes dĂ©lictueux dans l’exĂ©cution de son travail…

Toutefois, en cas de dĂ©mission pour un motif autre que ceux considĂ©rĂ©s comme lĂ©gitimes, il est possible d’obtenir une indemnisation 4 mois après la fin du contrat de travail. Il faut pour cela ĂŞtre en mesure de prouver une recherche active d’emploi et saisir l’instance paritaire rĂ©gionale qui siège auprès de chaque direction rĂ©gionale de PĂ´le Emploi. Au vu des efforts fournis pour retrouver un emploi, cette instance dĂ©cidera d’attribuer ou non les allocations.

Le/la salarié·e, dont la démission est reconnue comme légitime bénéficie à compter de la date de cessation du contrat de travail et pendant une durée égale à la période d’indemnisation du chômage, dans la limite de la durée du dernier contrat de travail et au maximum pendant 12 mois, du maintien des garanties santé et prévoyance dans les conditions antérieures. Il/Elle en est informé·e via le certificat de travail.

Ă€ noter :

Depuis le 1er novembre 2019, afin de rĂ©aliser un projet de reconversion professionnelle, le/la salarié·e justifiant de 5 ans d’activitĂ© continue peut dĂ©missionner d’un CDI et bĂ©nĂ©ficier de l’allocation d’assurance chĂ´mage. Cependant, en amont de sa dĂ©mission, il/elle est tenu·e de suivre un parcours spĂ©cifique et d’obtenir la validation de son projet par la commission paritaire interprofessionnelle rĂ©gionale. A dĂ©faut, sa dĂ©mission ne sera pas reconnue comme lĂ©gitime.


Peut-on « dĂ©missionner Â» dans le cadre d’un CDD ?


Oui, mais Ă  condition de justifier d’une embauche en contrat Ă  durĂ©e indĂ©terminĂ©e. Il ne s’agit d’ailleurs pas d’une dĂ©mission (ce terme Ă©tant rĂ©servĂ© Ă  la rupture par le/la salarié·e de son contrat Ă  durĂ©e indĂ©terminĂ©e), mais d’une rupture anticipĂ©e autorisĂ©e d’un contrat Ă  durĂ©e dĂ©terminĂ©e (CDD).

En dehors de ce cas, l’employeur peut autoriser l’interruption du contrat avant le terme prévu. Les deux parties signent alors une rupture anticipée d’un commun accord.

En cas de faute grave de l’employeur (non-versement des salaires, harcèlement…), le/la salarié·e peut rompre son contrat (prise d’acte) ou demander au juge de le rompre (résiliation judiciaire). La rupture du contrat peut être requalifiée par le conseil de prud’hommes en rupture aux torts de l’employeur.

Les titulaires de certains contrats Ă  durĂ©e dĂ©terminĂ©e de type particulier ont la facultĂ© de mettre un terme Ă  leur contrat de travail pour occuper un autre emploi, suivre une formation (contrat d’accompagnement dans l’emploi, contrat initiative emploi) ou parce qu’ils ont obtenu le diplĂ´me ou le titre prĂ©parĂ© (contrat d’apprentissage, sous rĂ©serve d’informer son employeur par Ă©crit au moins 2 mois Ă  l’avance).


Est-il possible de faire requalifier une démission ?


Lorsque c’est le comportement de l’employeur qui mène le/la salarié·e à démissionner (non-paiement du salaire, harcèlement…), il est possible de faire requalifier cette démission en licenciement sans cause réelle et sérieuse. La lettre de démission, ou un autre écrit dans un temps proche, doit alors être motivée sur les torts de l’employeur.

De même, une démission obtenue par menaces, contraintes ou résultant d’un état inhabituel (désarroi, dépression, colère…) peut éventuellement être requalifiée en licenciement abusif par le juge.


Qu’est-ce que la présomption de démission ?


Tout récent “dispositif” inscrit dans le Code du travail, la “présomption de démission” est la possibilité pour un employeur de rompre le contrat de travail d’un-e salarié-e n’ayant pas repris son poste de travail sans l’avoir justifié (arrêt de travail, force majeure…).

L’employeur constatant l’absence du salarié sans justificatif peut le mettre en demeure par courrier avec avis de réception sous quinzaine (jours calendaires) de reprendre le travail et de justifier son absence. A défaut de quoi, le terme échu, l’employeur peut rompre le travail sans d’autre procédure pour “démission” et privant le/la salarié-e de ses droits à l’assurance chomage…

Le/la salarié-e est ainsi tenu-e de répondre par écrit auprès de son employeur “d'un motif légitime de nature à faire obstacle à une présomption de démission, tel que, notamment, des raisons médicales, l'exercice du droit de retrait, l'exercice du droit de grève (...), le refus d'exécuter une instruction contraire à une réglementation ou la modification du contrat de travail à l'initiative de l'employeur”.

Il est possible de contester une telle rupture du contrat de travail devant le Conseil de prud’hommes en formation de jugement directement.